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Arno Gujon : « L’objectif de ceux qui dirigent actuellement le Kosovo est clair : un Kosovo sans Serbes. »

Entre 1999 et 2004, les Serbes du Kosovo ont connu de nombreuses persécutions, quelle est la situation des chrétiens serbes actuellement ?
Depuis 1999, plus de 250 000 Serbes ont été contraints à l'exode sous la pression des Albanais musulmans. Les pogroms des 17 et 18 mars 2004 ont provoqué la fuite de 10 000 personnes supplémentaires et la destruction de 150 églises et monastères. Aujourd’hui, les Serbes orthodoxes représenent environs 100 000 personnes, soit 5% de la population, alors qu'ils étaient majoritaires il y a un siècle (environs 60%).
Les Serbes vivent désormais dans des enclaves (une rue, un quartier, un pâté de maisons...) avec, au nord du Kosovo, une poche de résistance autour de Mitrovica. Cependant, au cours des dernières années, la répression s’est intensifiée avec des contrôles de police renforcés, des arrestations et des emprisonnements arbitraires. Moi-même, qui menais une action humanitaire régulière depuis 2004, j'ai été interpellé sans motif par la police albanaise et interdit de territoire. Cela n'empêche pas mon association, Solidarité Kosovo, de poursuivre son travail, mais le but des prétendues autorités kosovares était de couper l'aide humanitaire et d'isoler encore plus la population serbe.
La pression sur la minorité serbe s’accentue également sur le plan politique et administratif, avec des mesures visant à couper tout lien avec Belgrade. Les structures d’éducation et de santé serbes sont menacées, les enseignants et médecins travaillant dans ces institutions subissent des pressions constantes, et des restrictions sont imposées aux financements venus de Serbie.
A ces répressions officielles, il faut ajouter les persécutions d'une population albanophone et musulmane qui agit en toute impunité.
Les Serbes restants vivent sous la menace constante des persécutions et des violences. Beaucoup de familles subissent quotidiennement des humiliations, des agressions, des cambriolages répétés... voire des tentatives d’empoisonnement, comme j'ai pu le voir personnellement ! À plusieurs reprises, des maisons serbes ont été brûlées, des écoles et des lieux de culte vandalisés. Parfois, des albanais musulmans passent en voiture et lâchent une rafale d'arme automatique sur des passants. Des enfants qui jouaient au bord d'une rivière, un peu à l'écart de leur enclave, ont été assassinés il y quelques années. Malgré leur volonté de rester sur leurs terres ancestrales, ces chrétiens doivent faire face à une hostilité croissante et un isolement qui les empêche même d’accéder aux services de base, à l’emploi et à la sécurité.
Je voudrais citer votre confrère Jean-Christophe Buisson qui a révélé, dans le Figaro magazine, un rapport du département d’État américain de 2019 : « Agressions, cambriolages, dommages sur leurs biens ; “entraves à leurs démarches judiciaires ; discriminations institutionnelles concernant l’emploi, les services sociaux” et menaçant “la liberté de mouvement, le droit de vivre chez eux” ; intimidations visant à leur interdire de pratiquer leur foi chrétienne : tel est le quotidien des 100 000 à 120 000 membres de la minorité serbe vivant au Kosovo. Dans certains villages, entourés de barbelés pour protéger leurs habitants d’agressions des Albanais, il n’y a parfois qu’un enfant. Obligé de grandir seul, sans camarade, sans école. »
En parallèle, le Kosovo continue de perdre son patrimoine chrétien. Autrefois peuplée de plus de 1 000 édifices religieux orthodoxes, la région a vu de nombreux sites détruits ou profanés. Parmi eux, des joyaux de l’architecture serbe tels que le monastère de Gracanica ou encore le patriarcat de Pec, inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO, sont aujourd’hui sous haute surveillance pour éviter leur destruction.
- Les chrétiens au Kosovo peuvent-ils pratiquer leur culte librement ?
En théorie oui, mais en pratique, c’est une autre histoire. Il faut d'ailleurs savoir que Kos signifie « merle », du nom de la fondatrice défaite serbe du Champ des merles, en 1389, ouvrant cinq siècles de résistance à l’occupation ottomane. Kosovo signifie littéralement « ce qui appartient au merle » mais, pour être exact, il faut parler de Kosovo-Métochie – du grec « metohion », désignant les terres de l’Eglise. Le Kosovo est donc le berceau de l'identité serbe, mais aussi son cœur spirituel. Aujourd'hui, les Serbes ne peuvent prier que dans les églises qui n’ont pas été détruites : les bâtiments profanés, incendiés ou démolis ne sont jamais reconstruits par les autorités provisoires albanaises. Dans le même esprit, lors des fêtes religieuses comme Noël ou Pâques, des manifestations albanaises sont organisées dans certaines villes comme Djakovica et Decani pour empêcher les chrétiens de se rendre à la messe. Des pèlerins en bus sont régulièrement attaqués, parfois au fusil à grenaille. Citons aussi les Serbes exilés qui souhaitent retourner sur les tombes de leurs ancêtres à l’occasion de certaines célébrations religieuses mais qui sont bloqués à la ligne de démarcation administrative ou qui découvrent que la plupart des tombes de leurs ancêtres ont été profanées. La profanation régulière des cimetières par les albanais relève d'une volonté assumée d'éradiquer la mémoire chrétienne du Kosovo et de blesser, d'humilier les familles des défunts.
- Ces persécutions sont-elles principalement liées au facteur religieux ou plutôt au facteur ethnique ?
Les deux sont imbriquées. Il y a une dimension religieuse, puisque les lieux de culte chrétiens sont visés, mais également une dimension ethnique. Toutes les minorités non albanaises sont menacées. Prenons l’exemple des Goranis, un peuple autochtone des montagnes du sud du Kosovo. Ils sont d’origine slave, parlent une langue slave, et sont restés fidèles à la Serbie. Pourtant, bien qu’ils soient musulmans, ils sont régulièrement opprimés par les Albanais du Kosovo. De plus, les Roms et les Ashkali ont également été victimes d'un nettoyage ethnique.
- Peut-on parler d'épuration ethnique des Serbes au Kosovo ?
Tout à fait. C'est même la raison pour laquelle j'ai fondé Solidarité Kosovo en 2004, au moment des pogroms antichrétiens. Face à l'inertie des autorités internationales, il fallait agir pour secourir ces gens en danger de mort. Rendez-vous compte : pour la première fois depuis l'évangélisation de notre continent, il y a 1500 ans, un territoire chrétien risque de disparaître corps et bien du sol européen. Si cela devait se produire, il s'agirait d'un grave signe des temps, peut-être d'un basculement de civilisation qui devrait tous nous alerter. Il s'agit d'un phénomène qui concerne toute l'Europe, pas seulement la Serbie.
Les responsables politiques kosovars et albanais sont-ils encore aujourd'hui pour la disparition de la présence serbe au Kosovo ?
Oui. L’objectif de ceux qui dirigent actuellement le Kosovo est clair : un Kosovo sans Serbes.
- En tant que membre du gouvernement serbe, que faites-vous concrètement pour soutenir les populations serbes au Kosovo ?
Le gouvernement serbe a réussi à maintenir certaines structures civiles : hôpitaux, écoles, aides sociales. Mais ces institutions sont aujourd’hui directement attaquées par la police albanaise du Kosovo. Des centres d’aide sociale ont été fermés, des hôpitaux perquisitionnés. Les Albanais du Kosovo considèrent ces institutions comme illégales, alors qu’elles existent depuis toujours. Evidemment, cela ne nous arrête pas et nous continuons à apporter notre soutien.
- Comment expliquez-vous le silence du reste des pays européens face à ce genre d'événements produits en plein cœur de l'Europe ?
Parce que malheureusement ils ont été complices de cette situation. Après 78 jours de bombardements illégaux, qui ont frappé les populations civiles serbes – le champion de tennis Novak Djokovic en fut la plus célèbre victime et raconte souvent ces moments horribles – les Etats-Unis ont bâti une gigantesque base au Kosovo et instauré un gouvernement fantoche composé de membres de l'UCK, une guerilla moitié indépendantiste et moitié mafieuse qui avait mené les combats.
Une sorte de protectorat international fut instauré pour assurer la séparation du Kosovo de sa mère Patrie serbe. Et ce gouvernorat était dirigé par le Français Bernard Kouchner.
Au fil du temps, nous avons eu des preuves du plan structuré des puissances occidentales, notamment les Etats-Unis, pour créer un Kosovo coupé de la Serbie.
Votre confrère de Radio Courtoisie, Pierre-Alexandre Bouclay, a divulgué en France le câble diplomatique américain immatriculé 10PRISTINA48, diffusé sur Wikileaks. Cette note, rédigée par l’ambassadeur des Etats-Unis au Kosovo, Christopher Dell, était destinée à convaincre un haut diplomate européen, Robert Cooper, de suivre les recommandations américaines en matière géopolitique. Le texte de l’ambassadeur était sans ambiguïté : « Le temps est venu de mettre fin à des années de dérive au nord et de modifier la dynamique de partition entre le nord et le reste du Kosovo ».
- Pensez-vous qu'un nouveau conflit pourrait éclater dans la région si les forces internationales de la KFOR quittaient le Kosovo ?
Si la KFOR partait, ce ne serait pas un conflit au sens classique du terme, mais l'achèvement du processus de purification ethnique. Les Albanais pourraient terminer leur projet sans entrave. Prenons un exemple concret : le monastère de Visoki Dečani, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO et construit au XIVe siècle. Pour s’y rendre, il faut passer par deux checkpoints de l’OTAN, car il a été attaqué à plusieurs reprises avec des armes de guerre. Si la KFOR partait, ce joyau de la civilisation européenne et chrétienne serait en grand danger dans l'heure qui suit.
- Selon vous, une cohabitation pacifique peut-elle avoir lieu un jour entre Serbes et Albanais au Kosovo ?
Dans l'état actuel, malheureusement non, car, comme les faits le démontrent, un plan d'éradication des Serbes est mis en œuvre. Cela ne serait possible que si Belgrade retrouve sa souveraineté sur ce territoire et apporte des conditions de sécurité pour toutes les minorités, y compris les Goranis musulmans ou les Roms, par exemple.
- Pensez-vous qu'un rattachement du Kosovo à la Serbie sera rendu possible un jour ? Cela serait-il bénéfique pour la population serbe sur place ?
Cela serait mieux que bénéfique : salutaire. Nous parlons d'une question de survie pour tout une communauté en voie d'éradication. Concernant l'avenir, Belgrade poursuivra évidemment son soutien à sa population et ne renoncera pas à restaurer sa souveraineté sur le berceau de sa civilisation. Et depuis quelques temps, nous mesurons à quel point les choses peuvent changer rapidement sur la scène internationale. Il faut continuer à se battre pour la justice et la souveraineté des nations.

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